Trek des Annapurnas: troisième partie

Trek des Annapurnas: troisième partie

Cinquième jour 

Réveil à 6h45 ! Comme d’habitude, nous quittons la guesthouse à 8 heures. Aujourd’hui, d’après ce que nous avons pu glaner dans un bouquin, l’étape ne devrait pas être trop dure (ce qui sous-entend, pas trop de dénivelé). La première partie de la balade est agréable puisque nous marchons à l’ombre d’une forêt de pins, tout en longeant la rivière. La météo est vraiment parfaite, grand ciel bleu et soleil, ce qui nous permet de bien voir les sommets. Nous croisons les restes d’une avalanche, elle a recouvert une bonne partie de la rivière. La vie dans les villages environnants ne doit pas être facile en hiver !

Nous continuons notre route à un bon rythme. Les garçons font une petite pause dans une tea house, mais nous, nous continuons. Nous passons toujours du côté gauche des nombreux moulins à prières, comme le veut la tradition, et les faisons tourner pour nous porter chance (on ne sait jamais, nous ne voudrions pas énerver Bouddha en pleine montagne). Ensuite, le paysage change : il n’y a plus aucun arbre, nous sommes maintenant sur un chemin très sec, à flanc de montagne. Les éboulements semblent être monnaie courante. Ce chemin débouche sur un immense cirque, où une énorme paroi concave de 1000 mètres de hauteur nous fait face. C’est vraiment gigantesque, il faut le voir pour s’en rendre compte !

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Nous traversons plusieurs ponts suspendus si longs, que nous avançons comme des funambules. Nous marchons maintenant depuis trois grosses heures et la fatigue commence un peu à se faire sentir. Mais Charlène ne veut toujours pas faire de pause ! Du coup, nous continuons à marcher, tout en avalant une barre de céréales. Les choses se corsent un peu puisqu’une grosse montée nous attend ! D’abord, sur un petit sentier bien caillouteux en plein cagnard, puis sous les forêts de pins. Nous dépassons tous les groupes et finissons par nous retrouver seules ! Quel bonheur ! Une demi-heure plus tard, nous atteignons un petit village où nous nous octroyons une pause thé ! Au moment où nous partons, les garçons arrivent. Nous discutons un peu avec eux, et nous convenons de nous retrouver à Upper Pissang, le petit village où nous dormirons.

La balade est superbe, nous traversons une jolie vallée. Malheureusement, le temps se couvre, alors nous accélérons le pas. Nous arrivons une heure plus tard au très authentique village de Upper Pisang (3380 mètres d’altitude). Toutes les maisons sont construites avec de vieilles pierres, la moitié semblent abandonnées mais nous repérons quelques guesthouses sur les hauteurs. Nous choisissons la nôtre en fonction du point de vue ; parait-il que l’on peut observer un magnifique lever de soleil sur l’Annapurna II et l’Annapurna IV, qui sont juste en face. En bonus, le propriétaire nous offre un thé de bienvenue. Nous ne sommes vraiment pas mécontentes d’avoir tracé, puisqu’un gros orage éclate au moment même où nous nous installons.

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Il est n’est que 13h30, donc une fois le repas pris avec les garçons, nous filons sous la douche (très froide), puis dans la chambre pour une petite sieste. Charlène s’endort directement, emmitouflée dans son sac de couchage. Une grosse heure plus tard, nous partons visiter le temple bouddhiste, perché un peu plus haut. À l’intérieur, un moine prie sans relâche, tout en rythmant son chant par un tambour et une petite clochette. C’est vraiment envoûtant et Charlène ne décolle plus. Pourtant, dehors, le spectacle est grandiose. Après la pluie vient le beau temps, comme dit le dicton. Nous avons la chance d’observer les pics enneigés. La vue est imprenable !

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Le soir, il y a pas mal de monde autour du poêle, notamment un petit groupe d’israéliens, que nous croisons depuis le début du trek. C’est agréable et l’ambiance est sympa. Après un bon repas, nous filons tous au lit, car demain nous voulons nous lever très tôt pour observer le lever de soleil !

Bilan

Chame: 2700 mètres

Upper Pisang: 3310 mètres

17 kilomètres parcourus en 5h de marche

Sixième jour

Le réveil sonne à 5 heures. Bien qu’endormie, Marion a le réflexe de regarder par la fenêtre. Pas de chance : contrairement à d’habitude, la vue sur les montagnes est complètement bouchée par les nuages et il fait très gris. Un peu déçues de ne pas profiter de la vue, nous nous consolons en nous rendormant jusqu’à 6h30. Lors du petit-déjeuner, Marion annonce fièrement à tout le monde que la journée va être relax, car il y aura seulement du plat !

Laszlo, en grande forme, nous sème assez vite. Ce qui est dommage, car arrivés à un croisement avec Benjamin, nous avons le choix entre une énorme montée qui semble interminable, et une montée qui semble un peu moins chiante (mais où est le terrain plat dont parlait le livre?). Comme nous ne sommes pas trop motivés pour l’énorme côte, nous décidons de prendre l’itinéraire secondaire. Qu’on se le dise, cette lente et longue montée n’est finalement pas moins pénible… Cela dit, nous sommes récompensés à l’arrivée par un superbe panorama sur la vallée et l’Annapurna II. Les nuages sont toujours là mais ils nous laissent bien plus de visibilité. Nous sommes super contents de trouver une tea house au milieu de nul part : pause ! Néanmoins, il nous reste plus de 4 heures de marche, donc nous ne traînons pas, en espérant que Laszlo nous rattrape.

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Nous traversons le village de Nawal, toujours sans Laszlo. Nous prenons alors un chemin qui semble vouloir nous faire descendre tout ce que nous avons monté le matin, génial …! Nous sommes à plus d’1h30 de marche de Braga, notre destination finale. Nous avançons les jambes un peu tremblantes. C’est alors que Marion fait remarquer que les népalais sont incroyables : ils arrivent à faire exploser plusieurs pans de montagne en même temps ! Benjamin, lui, parle d’un tractopelle qui a du tomber dans la rivière, faisant plein de poussière… Charlène est la seule à se rendre compte qu’en réalité la terre tremble, et pas qu’un peu ! Elle panique, et prévient Marion de se dégager de l’espace : de grosses pierres sont au-dessus de nous… ! Celle-ci reste quasi stoïque. Heureusement, là où nous sommes, il n’y a pas vraiment d’éboulements.

Nous allons un peu plus bas pour observer avec Benjamin l’étonnant spectacle. Nous avons vue sur toute la vallée et les montagnes environnantes ; à gauche, à droite, en face, partout, d’énormes nuages de poussières, témoins de la montagne qui s’écroule. Les bords de la rivière, qui serpente au fond de la vallée, s’effondrent eux aussi. C’est impressionnant, et c’est peu de le dire !

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Après un certain temps, le sol ne bouge plus et peu à peu, la poussière s’estompe (bien que certaines montagnes continuent de «fumer »). Pas de panique, tout va bien. Nous continuons la balade et finissons par tomber sur un petit restaurant de montagne, où nous sommes heureux de déguster de supers bons plats (et nous retrouvons enfin Laszlo) ! Les locaux n’en savent pas plus que nous, ils disent même que ça arrive parfois. Nous atteignons notre objectif : Braga, village situé juste avant Manang. Là, nous commençons à avoir un peu d’infos, le tremblement n’était pas anodin, les personnes de notre guesthouse commencent à un peu s’affoler. Évidemment, il n’y a plus d’électricité, encore moins le wifi.

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Néanmoins, nous partons avec Lazslo et Benjamin visiter le haut de Braga, niché entre de grosses montagnes. Il est lui aussi construit avec de vieilles pierres, ce qui donne beaucoup de charme. À notre retour en bas, tout le monde s’agite ! Les personnes de notre guesthouse ont réussi à voir quelques images de la BBC, il y a apparemment 700 morts à Katmandou, et d’autres répliques sont à venir dans la nuit. Nous reperdons l’électricité quelques minutes plus tard, plus d’info. Là-dessus, ils nous annoncent que la cuisine est fermée, car en cas de secousse ils ne veulent pas prendre le risque d’allumer le feu dans la cuisine. Ils nous enjoignent aussi de ne pas rester à l’intérieur. Nous sommes donc tous dehors, à manger nos gâteaux. Et oui, à 3500 mètres d’altitude, nous avons dans chaque guesthouse une boulangerie ! Brownies, tartes aux pommes (qui ressemblent à des tourtes, excellents), chaussons au chocolat, etc. Malgré le prix, on décide de les accompagner d’une bière, ça ne nous fait pas de mal vu les circonstances !

La famille qui tient le lodge (le père et le fils sont ADORABLES) s’organisent, alors que la nuit tombe. Ils montent une tente d’urgence, font un grand feu, installent des bancs autour. Nous observons les népalais qui vivent dans la partie haute du village s’installer plus bas. Certains viennent avec nous, autour du feu. Petit à petit, toutes les générations sont présentes, nous sommes une vingtaine, peut être plus. Nous formons aussi un beau patchwork culturel : népalais, français, anglais, allemands, israéliens, irlandais… Un occidental a sa guitare avec lui, ça meuble formidablement bien la soirée ; un vieil homme népalais semble adorer et nous rigolons tous ensemble.

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Pendant ce temps, les gens de notre guesthouse mettent une grosse théière sur le feu, et nous donnent ensuite un café à chacun, en n’oubliant personne. Puis s’ensuit le même processus pour nous offrir à tous un bol de nouilles chinoises. Ils préfèrent que l’on passe la nuit autour du feu, plutôt que de rentrer. Mais à 1 heure du matin, nous n’en pouvons plus et allons nous allonger un peu dans la chambre. Les garçons nous ont dit qu’ils dormaient avec chaussures, vestes, et passeport sur eux bien sûr. Ça promet de ne pas être reposant.

Finalement, pas de gros tremblement pendant la nuit. La tension s’apaise un peu, bien que personne n’a son compte de sommeil. Nous allons à Manang chercher de quoi communiquer avec l’extérieur. Seul un hôtel a le wifi, tous les occidentaux y sont, il y a des conflits parce qu’ils font payer 5€ l’accès, certaines personnes grillent le mot de passe, ils le changent régulièrement, etc, bref c’est le bazar, d’autant plus que nous n’avons évidemment pas l’ordinateur avec nous, et pas de smartphone non plus. On parvient à envoyer un mail malgré tout à la mère de Marion. Nous retournons à Braga (vingt minutes à pied), dans l’idée de manger et nous reposer. Après une soupe, nous décidons d’aller faire une sieste. Vingt minutes plus tard, une autre grosse secousse nous précipite instantanément à la porte. Mais une fois dehors, c’est fini. Les népalais sont eux aussi tous sur l’espace qu’il y a en bas du village. J’ai oublié de le mentionner mais ils vont tous à la petite stupa au centre, monument bouddhiste. Certains y ont même dormi. Ils ont aussi tous des chapelets dans leurs mains, et murmurent sans répit des mantras à Bouddha. Ca donne une drôle d’ambiance, un peu surréelle.

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Le lendemain matin, afin d’échapper à l’ennui et de profiter de la beauté du lieu, nous décidons d’aller tous les quatre au Ice Lake, situé à 4600 mètres d’altitude. De plus, cette petite sortie est parfaite pour nous acclimater ! Le chemin monte durant trois heures sans discontinuer. On court tous après notre souffle. Les paysages sont magnifiques et la nature nous offre tout ce qu’elle a de plus beau, après nous avoir fait de belles frayeurs les jours précédents. À 4200 mètres, Marion commence à ressentir le mal de l’altitude, avec un mal de tête de plus en plus persistant. Elle décide donc de s’arrêter là et de contempler les Annapurnas juste en face d’elle. Quant à Charlène, Laszlo et Benjamin, ils continuent à monter et leurs efforts sont récompensés à la fin : un panorama 360 degrés sur la chaîne de l’Himalaya. Quant au lac, impossible de le voir, on nous avait prévenu : il est recouvert d’une bonne couche de neige ! Nous tentons de monter un peu plus haut, mais une petite neige commence à tomber, nous obligeant à redescendre (mieux vaut toujours être sage en montagne).

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Dernier jour ici. Nous décidons de passer une nuit à Manang, où il y a davantage de touristes et d’informations (et de rumeurs, aussi). Nous pouvons enfin prévenir la cellule de crise grâce à un français qui nous prête son téléphone satellite.Une grande partie des trekkeurs sont partis, les groupes accompagnés de guides et de porteurs font, pour la plupart, demi-tour. Certains ont des proches dans les victimes…

Nous passons la soirée avec Benjamin, et nous pouvons enfin voir des images du tremblement ailleurs dans le pays puisque la guesthouse a la télé ! Ça nous fait franchement peur… Nous réalisons enfin l’ampleur des dégâts, et apprenons le nombre de victimes : plus de 7000… Bien sûr, nous hésitons nous aussi à quitter le pays. Heureusement, Lazslo prend les choses en main et nous rassure. Nous décidons de continuer notre trek, de toutes façons, il semblerait que la route soit coupée dans l’autre sens… Du coup, direction Yak Karka dès demain matin !

Bilan

Upper Pisang: 3310 mètres

Braga: 3450 mètres

14 kilomètres parcourus en 5h30 de marche

Pour voir toutes les photos c’est ici!

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