Bandipur, dernière étape après 9 mois de voyage

Bandipur, dernière étape après 9 mois de voyage

Nous quittons Pokhara en fin de matinée, après avoir dit au revoir à la famille propriétaire du petit restaurant où nous allions manger tous les jours. Nous prenons un taxi pour nous rendre à la station de bus, à l’extérieur de la ville. À peine en sommes-nous sorties qu’une horde de rabatteurs nous entoure. Chacun joue des coudes pour nous attirer dans son bus, en s’esclaffant plus fort que le voisin afin d’attirer notre attention. C’est alors que Charlène crie « Stop !! ». Tout le monde se tait quelques secondes puis reprend de plus belle. Finalement, nous en choisissons un au hasard et marchandons le prix fermement. Nous montons dans le bus, nous installons et roulons pendant 1h30. Petit à petit, nous devenons témoins des désastres du tremblement de terre. Sur plus de 80 kilomètres, les maisons au bord de la route sont très amochées, voire complètement à terre ; partout, des abris provisoires, réalisés à l’aide de bâches et de bâtons en bois, ont pris place à côté des domiciles détruits. Toutes les personnes que l’on voit par la fenêtre du bus s’occupent à déblayer et à aménager des espaces de vie sommaires. Nos gorges se serrent. Ensuite, nous changeons de bus, et arrivons enfin dans le petit village de Bandipur, niché en haut d’une montagne.

Bien que nous soyons un peu en altitude, la chaleur est toujours étouffante ! Avant de trouver une guesthouse, nous nous octroyons une petite pause rafraîchissante dans un café. Nous arpentons ensuite l’allée principale du village, exclusivement piétonne. L’une des premières maisons est là aussi complètement à terre… Plusieurs hommes s’affairent à terminer le travail en faisant tomber à coup de marteau les éléments restants. Nous passons notre chemin…

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La route de la soie passait autrefois par ce petit village, qui s’en est enrichi. Les vieilles battisses ayant appartenu aux riches négociants de l’époque semblent avoir bien résisté dans l’ensemble. Elles ont une très belle architecture, mêlant pierre et bois en un travail très fin. Il y a un nombre incalculable de guesthouses, toutes vides. Bizarrement, personne ne nous alpague pour autant dans la rue. Le temps semble s’être arrêté et l’on retrouve un peu l’ambiance zen des petites villes asiatiques du bord du Mékong. Nous en choisissons une qui nous semble bien propre et à un prix raisonnable. Nous partons ensuite explorer davantage ; nous voyons au loin le ciel s’obscurcir dangereusement. Nous hâtons le pas et quelques minutes après notre retour, un violent orage de mousson éclate. Plusieurs heures durant, nous observons à travers la fenêtre les éléments se déchaîner. Vers 19h, nous allons manger au restaurant de la guesthouse, puis regagnons gentiment notre chambre. Nous installons la moustiquaire et tentons de dormir malgré la chaleur.

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Le lendemain, après avoir bien traîné, nous nous rendons à pied au point de vue, perché sur les crêtes des montagnes environnantes. La montée n’est pas bien longue, mais très raide ; et avec la chaleur, nous transpirons à grosses gouttes (pour changer) ! Nous aidons d’ailleurs une dame qui porte des seaux de peinture et qui semble exténuée. Nous lui donnons également un peu d’eau, car bizarrement elle n’a rien pour boire. Elle nous remercie chaleureusement et nous continuons notre chemin jusqu’au sommet. La vue à 360 degrés est très sympa, malheureusement, avec la chaleur, nous ne pouvons qu’entrapercevoir les sommets de la chaîne himalayenne. Plutôt que de revenir par le même chemin, nous longeons une crête qui nous fait tout doucement descendre sur un autre versant. Nous atterrissons un peu plus bas, sur la route menant à Bandipur.

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Nous en profitons pour aller voir une autre partie du village, qui semble avoir été durement touchée par le tremblement de terre. Les maisons ne sont plus qu’un tas de ruines, seuls quelques escaliers et encadrements de porte sont encore debout. De nombreux abris provisoires (comme ceux que l’ont a pu voir lorsque nous avions bossé avec l’ONG à Pokhara, réalisés à base de tôle) ont été construits ; un enfant nous explique qu’ils les appellent les « igloo house ». Nous continuons notre petite balade, traversons le terrain de foot où de nombreux gamins jouent, passons à côté du dispensaire où l’on n’aimerait vraiment pas être soignées. Dire que le bâtiment est insalubre est un euphémisme… Nous allons y jeter un œil par curiosité : il est complètement vide ! Il n’y a qu’une secrétaire, absolument personne dans les couloirs, ni dans les quelques pièces.

Nous continuons notre promenade par des petits chemins qui traversent le village. Nous arrivons tout en haut, à un monastère où un arbre centenaire est orné de drapeaux de prières tibétaines. Nous profitons de l’ombre tandis qu’un vieil homme descend ses vaches au village. Nous lui emboîtons le pas et descendons jusqu’au « lavoir », un point d’eau constitué de plusieurs sources. Parents et enfants viennent chercher l’eau dans des bidons mais aussi se laver. C’est un véritable lieu de vie, les écoliers en uniforme reviennent de l’école, les femmes papotent entre elles tout en réalisant leur tâches. Vaches, poules, et moutons sont de la partie.

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Alors que nous prenons le chemin du retour, nous rencontrons une jeune fille qui vient nous parler. Elle nous propose de venir boire un thé chez elle, ce que nous acceptons avec plaisir. Sa maison est très modeste, à l’image des autres dans cette partie du village. Le sol est en terre battue, tout comme le four. Pour tout autre mobilier, il y a un lit, et un petit porte-manteau. Lorsque nous lui disons que nous sommes françaises, elle nous dit quelques phrases dans la langue de molière. À notre avis, elle doit savoir dire ces phrases dans différentes langues ! L’expansion du tourisme à Bandipur semble faire son effet chez les plus jeunes. Nous discutons en anglais, tout en sirotant un thé gingembre/citron. Nous évoquons évidemment le tremblement de terre. Elle a visiblement encore peur, tout comme nous, il faut bien le dire. Elle nous invite à venir voir les dégâts au niveau supérieur. De grosses fissures zèbrent le mur juste au-dessus du deuxième lit, des marques d’infiltrations d’eau sont déjà visibles… Elle nous raconte aussi l’histoire de sa famille, sa mère travaille aux champs pour 1 dollar par jour, mais elle est trop vieille, et du coup elles n’ont pas assez d’argent pour manger, pour qu’elle puisse continuer à l’école, encore moins pour réparer la maison…

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Marion sent venir gros comme une maison la « demande d’aide financière » de la jeune fille. Nous sommes à deux jours de partir, il nous reste encore quelques billets ; du coup nous lui donnons un billet de 1000 roupies, soit 10 euros, une petite fortune ici ! Elle nous remercie… La pauvreté et les ravages du tremblement sont tellement énormes, partout, c’est très difficile… Comme chaque fin d’après-midi, le ciel se couvre dangereusement. Nous activons le pas pour rentrer chez nous, alors que quelques gouttes commencent à tomber. Ça ne rate pas, 5 minutes après, c’est le déluge et le tonnerre recommence à gronder.

Comme hier, nous mangeons au restaurant de notre guesthouse. Il faut dire que le curry y est délicieux et les portions généreuses. Une fois dans notre chambre, nous préparons notre sac à dos puisque nous avons prévu de partir demain pour Katmandu. Nous éteignons les lumières et nous endormons. Mais vers 3h du matin, Marion sent quelque chose sur ses pieds. Elle sursaute, réveille Charlène qui l’engueule en lui disant que ce n’est qu’un pauvre cafard et qu’elle a intérêt à le tuer pour qu’elle puisse se rendormir vite. Marion secoue la couette et c’est alors….. qu’une énorme mygale grosse comme la paume de notre main se retrouve sur notre lit! Une énorme mygale noire, velue à souhait.

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Elle ne bouge pas du tout. Marion pense alors que c’est une fausse mais Charlène lui explique que les hôteliers ne vont pas s’amuser à faire peur au peu de touristes qu’ils ont. Marion pense alors que c’est un fossile de mygale, jusqu’à ce que Charlène photographie le machin avec le flash. Et à ce moment là, l’araignée se met à bouger. Horrible ! Nous poussons des cris et Marion part prendre une douche pour calmer le début de crise d’angoisse qui monte en elle, laissant Charlène seule en compagnie de la bête. Charlène tente également de filmer notre amie la mygale, mais celle-ci se réfugie sous notre couette. Elle ne semble pas aimer la lumière et aspire à une seule chose : dormir au calme.

Nous renonçons à la tuer avec une de nos chaussures. Du coup, nous migrons dans la chambre juste en face de la nôtre, qui heureusement, est libre et ouverte ! Nous contrôlons que le lit soit nickel plusieurs fois et tentons de nous rendormir. Vers 7h du matin, Charlène va chercher le responsable de la guesthouse et tente de lui expliquer notre problème. Nous le voyons revenir avec une petite règle en plastique de quinze centimètres (il a encore du se dire que les pauvres petites occidentales étaient vraiment des chochottes). Mais en voyant la bête, il pousse un « ooooh » puis appelle son fils, qui arrive avec un manche de parasol. Quelques minutes plus tard, notre mygale est morte. Nous la présentons au reste de la guesthouse qui nous dit « dangerous ». Encore une fois, dans notre malheur, nous avons eu de la chance ! Bon du coup, nous ne nous faisons pas trop prier pour quitter Bandipur… Nous prenons notre bus direction Katmandu et arrivons dans la capitale népalaise quelques heures plus tard.

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Benjamin (le français avec qui nous avons fait le trek des Annapurnas) nous avait donné l’adresse d’une chouette guesthouse, pas chère et un peu à l’écart du quartier de Thamel (pas très bien sécurisé au niveau des bâtiments). Les chambres sont grandes, propres et les gens sont vraiment adorables. De plus, Charlène ne repère aucune fissure au mur. La voilà rassurée ! Nous partons manger dans notre petit restaurant, où nous étions déjà allées à notre arrivée au Népal. Nous sommes heureuses de revoir le propriétaire sain et sauf. Au retour, nous discutons avec un français de la guesthouse et partageons nos expériences de volontariat au sein des ONG.

Le lendemain, nous nous levons assez tôt car nous partons dans le centre historique de Katmandu, Durbar Square. Nous l’avions arpenté un mois et demi plus tôt. Aujourd’hui, il n’existe plus vraiment… La moitié des bâtiments est effondrée, et ceux qui tiennent encore ont de grosses fissures sur toute la longueur des façades. De nombreux népalais nous abordent, nous demandant des sous, car ils n’ont plus de maison, ni de famille… Voir toute cette misère est très dur à digérer et à gérer tout court. Les petites rues étroites du Thamel sont également en mauvais état. La majorité des immeubles tient avec des bouts de bois qui viennent soulager les fondations. Certains immeubles reposent sur les immeubles voisins, et il y a des fissures quasiment partout… Nous nous disons que si une nouvelle grosse secousse arrive, la catastrophe serait encore plus grande… Nous faisons quelques derniers achats puis nous retournons chercher nos sacs à la guesthouse. Nous prenons un taxi en direction de l’aéroport et observons autant que nous pouvons ces dernières images du Népal.

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C’est le cœur un peu serré que nous quittons ce pays magnifique, à la population autant diverse qu’incroyable. Les népalais ne sont certes pas riches, ils leur manquent beaucoup… Néanmoins, ils ont une joie de vivre très touchante, et ils sont aussi extrêmement courageux, prêts à se relever et à faire face. Ils ont aussi un sens du partage hors norme ; tout comme les populations que nous avons croisées jusqu’alors. Le voyage se termine mais nous sommes pleines de souvenirs et de belles notions à méditer et à retenir. Assurément, la réalisation de notre web-documentaire continuera à nourrir cela, et nous espérons, surtout, à le partager.

Pour l’intégralité des photos c’est sur notre flickr!

4 Responses to Bandipur, dernière étape après 9 mois de voyage

  1. Hannah says:

    La fin du premier chapitre… 🙂
    Merci encore pour tout ce partage extrêmement touchant.

  2. Gérard says:

    Triste que ce soit fini. J’aimais bien vous accompagner et lire vos émotions.
    Merci pour tout.

  3. gr.Abotte says:

    Je porte à vôtre attention cette très belle phrase de Saint Augustin(354-430) :<> qui colle parfaitement à ce que vous êtes.Il faut un courage certain pour tout lâcher même temporairement et partir à la découverte du monde. Et puis, j’ai rencontré récemment une jeune personne qui me parla longuement de ces voyages et tandis qu’elle me parlait, l’observant à la dérobée, je vis qu’elle portait sur l’avant-bras en tatouage : <> .Un terme anglo-saxon qui veut dire : garder le désir du voyage. J’ai trouvé ça très beau.
    Un grand BRAVO les filles !!!

  4. gr.Abotte says:

    la peur de perdre ce que l’on a nous empêche d’être ce que l’on est.
    Saint Augustin (354-430)
    Wanderlust : garder le désir du voyage.

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