Ban Nateuy: vie au village et reportages

Ban Nateuy: vie au village et reportages

Après avoir passé une nuit dans la ville de Savannakhet, nous rejoignons le petit village de Ban Nateuy, à une quinzaine de kilomètres au nord. Dala vient nous chercher à la guesthouse où nous avons dormi. Elle est l’une des fondatrices de l’association ADV-Laos, avec qui nous allons travailler (nous en avions parlé ici). Originaire de ce petit village, Dala habite en France depuis cinq ans, mais elle revient régulièrement voir sa famille. C’est au sein de celle-ci que nous allons passer la semaine.

Arrivées chez elle, nous rencontrons cinq étudiants faisant un stage dans le cadre de leur BTS gestion de l’environnement. Les présentations faites, nous aidons à décharger les courses du pick-up. Nous partons ensuite explorer le village, et allons jusqu’aux salines. La mer a beau être bien loin, sous le village se trouve une grande nappe phréatique gorgée de sel. Une entreprise, ainsi que quelques indépendants, exploitent cette ressource, assez rare pour un pays comme le Laos. Malheureusement, cela engendre quelques désagréments sur l’environnement… Caméra en main, nous nous attelons à faire de jolies images. La luminosité est superbe, avec les couleurs du coucher de soleil. De retour à « la maison », nous faisons un peu mieux connaissance avec les étudiants. Le soir, nous mangeons comme des rois : les sœurs de Dala cuisinent incroyablement bien, et il y en a plus qu’il n’en faut ! Nous faisons également plus ample connaissance avec Dala. À 22h, tout le monde est au lit, extinction des feux !

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Le lendemain matin, après quelques cafés, nous partons visiter l’école du village. Les étudiants du BTS y donnent des cours d’anglais. Nous sommes assez étonnées de voir certaines classes sans professeur. Les élèves sont pourtant bien présents, ils attendent en papotant. Dala nous explique alors que dans certains villages, les professeurs ont tendance à prendre leur métier un peu à la légère ; il n’est pas rare qu’ils s’absentent pour aller faire une petite course, sans prendre la peine de revenir. Elle nous précise tout de même que c’est différent en ville : les contrôles y sont plus réguliers. Cela dit, le salaire d’un professeur est vraiment dérisoire, ça ne motive pas… D’ailleurs, il n’est pas inhabituel que certains aient un autre travail à côté pour pouvoir joindre les deux bouts. Quelques minutes plus tard, nous voulons interroger un professeur concernant l’accès à l’eau potable à l’école, mais son implication dans le projet semble vraiment relatif… Nous continuons le reportage malgré tout.

Nous nous dirigeons ensuite vers l’école maternelle. Nous voyant entrer avec la caméra et l’appareil photo, les enfants se regroupent et nous lancent de joyeux « sabaidee ». Nous arrivons pile pour l’heure de la douche. En effet, juste avant de faire la sieste, chaque enfant passe à la douche froide pour se rafraîchir. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils aiment ça ! Ils courent tout nus dans tous les sens, super excités !

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En fin d’après-midi, une fois la chaleur un peu retombée, nous partons accompagnées de Dala aux salines tenues par les indépendants. Sa présence nous est précieuse puisqu’elle peut nous expliquer le fonctionnement et nous servir d’interprète pendant les interviews. La caméra ne semble pas gêner les laotiens, ce qui nous facilite un peu le travail ! Pour récolter le sel, il y a deux techniques. La première ressemble à celle de nos marais salants : l’eau salée est mise dans un grand bac, et le sel est ensuite récupéré avec une pelle une fois l’eau évaporée par l’action du soleil. Pour la seconde, l’eau salée est mise dans une grande marmite sous laquelle un feu permanent est entretenu. Là aussi l’eau s’évapore, « il n’y a plus qu’à » récupérer le sel… Dire que les conditions de travail sont difficiles est un euphémisme.

Le lendemain matin, nous nous levons assez tôt. En effet, nous avons rendez-vous avec Sonta, l’un des habitants du village, qui est aussi l’adjoint du maire. Nous allons visiter et poursuivre notre reportage sur les salines. Nous nous dirigeons cette fois-ci vers celles de l’entreprise, en amont du village. Sonta parle français et, encore une fois, sans sa présence et ses précieuses explications, nous serions passées à côté de pas mal de choses. Surtout, nous n’aurions pas pu nous déplacer avec autant d’aise sur le site : en théorie un gardien suit les étrangers, et là, nous n’avons que Sonta, que l’on peut en plus semer de temps à autre…

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Sur le chemin du retour, nous avons la chance de pouvoir goûter aux œufs de fourmis, fraîchement cueillis dans les arbres de la forêt. Ce n’est pas mauvais mais l’aspect juteux surprend un peu… Même Charlène se laisse tenter ! L’après-midi, nous n’avons rien de prévu. Nous en profitons pour écrire un article pour le blog, sortir les rushs de la caméra, les trier et faire le point sur le reportage. Le soir, Dala nous emmène à la pagode afin d’aider à la préparation de la fête des fusées. Elle a lieu tous les quatre ou cinq ans au Laos, c’est donc un grand événement. Nous nous joignons aux femmes du village afin de confectionner des mèches de bougies, des enveloppes ainsi que des décorations. Impossible de communiquer avec elles mais ça ne pose aucun problème : il suffit d’imiter leurs gestes. Et ce n’est pas si simple ! Charlène finit quand même par réussir à faire les mèches ! Nous sommes tous heureux de partager ce moment. À 23h, il est temps de rejoindre notre lit. Demain, nous nous levons à 6h pour assister à la cérémonie religieuse célébrant la pleine lune. Ce n’est pas de tout repos d’être bouddhiste !

À cause d’une panne de réveil, nous nous levons un peu affolées à 6h30 ! Mais pas de panique : tout le monde semble un peu à la bourre. Dala nous prête pour l’occasion un sarong (longue jupe traditionnelle laotienne). La coutume veut que l’on en porte un pour nous rendre au temple. Chacun de nous apporte également une grande coupe remplie d’offrandes pour les donner aux moines. Nous devons leur apporter agenouillés afin de ne pas leur manquer de respect.

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Une heure plus tard, nous regagnons la maison. L’après-midi, nous aidons Dala et sa famille à préparer la crémaillère de sa sœur, qui va vivre à Savannakhet. Au Laos, les crémaillères prennent des allures de mariage. Ils attendent plus de deux-cents invités, voire peut-être plus. En effet, il n’est pas rare que les invités viennent avec des amis, impossible de savoir combien de personnes il y aura. En bref, les laotiens voient les choses en grand. Nous passons tout l’après-midi à confectionner le dessert. Le nom nous échappe, mais il s’agit de petites boules faites à base de différentes farines, qui sont ensuite cuites à la vapeur et plongées dans du lait de coco ! Le soir, nous nous couchons de nouveau pas trop tard, puisque demain matin, nous devons nous lever à 4h30.

La sonnerie du réveil est très difficile le lendemain ! Nous serions bien restées plus longtemps avec Morphée… Après un café, nous montons tous à l’arrière d’un petit camion et prenons la direction de Savannakhet. Mais pourquoi se lever si tôt pour une crémaillère ? Tout simplement car il est très important dans le bouddhisme de « bénir » la maison et de faire la cérémonie du baci avant le lever du soleil. C’est ainsi qu’à 5h, avec les quelques invités déjà présents, nous faisons trois fois le tour de la maison avec les cadeaux dans les bras, avant de rentrer à l’intérieur. Ensuite, les trois chamans présents ouvrent la cérémonie afin d’inviter les bons esprits à l’intérieur de la maison et d’en chasser les mauvais. Dans le même temps, tout le monde boit un petit verre de lao-lao pour fêter ça (à 5h du matin, boire un alcool à 60°, c’est un peu dur). Au centre de la pièce principale, il y a toutes les offrandes : des pièces montées de fleurs, très sophistiquées, d’où partent des tiges de bambous où sont pendus des fils de coton de plusieurs couleurs. Il y a aussi de la nourriture : fruits, gâteaux, racines, boissons, et riz gluant bien sûr!

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Le chaman le plus sacré poursuit dans une langue inconnue de tous : il s’agit d’un ancien dialecte indien. Le silence se fait. L’ambiance nous parait à la fois surréelle et magique. À la fin de cette incantation, les futurs habitants de la maison reçoivent plein de souhaits de bonheur, pendant que leur sont noués autour des poignets des petits fils de coton. Il faut savoir qu’au Laos, les habitants pensent que leur corps est habité de trente-deux âmes, correspondant aux parties du corps et ses organes. Le fait de nouer ces bracelets de coton permet aux âmes de bien rester dans le corps. Ensuite, tous les participants de la cérémonie s’en nouent eux aussi mutuellement. C’est un instant extrêmement émouvant. Parfois, quatre personnes sont autour de nous et nous nouent ces petits bracelets en nous souhaitant le meilleur en laotien. Leurs regards sont d’une sincérité très touchante, les larmes nous montent aux yeux… Nous nouons ces petits bracelets nous aussi aux personnes qui nous entourent, en leur dirigeant des prières de bonheur en français. C’est magique… Nous ressortons avec une bonne dizaine de bracelets chacune ! Il ne faut surtout pas les couper pour les enlever, ça romprait les vœux. L’idéal est de laisser l’usure faire. Cette cérémonie a eu lieu pour la crémaillère, mais elle est réalisée assez souvent, à chaque occasion un peu particulière.

La bénédiction de la maison faite, il est temps de se mettre au boulot. Il faut dresser les tables pour les invités (leur déco est kitch au possible, nous en rigolons avec les étudiants), habiller les chaises (si si!), s’activer en cuisine et préparer la sono. À partir de 9h30, les invités arrivent. Il vont saluer la famille, puis se mettent à table pour manger et boire des bières. Nous sommes estomaquées par leur capacité à manger à n’importe quelle heure de la journée. Vers 10h30, nous nous installons nous aussi ; nous formons une table de sept phalangs (blancs), ce qui avive un peu la curiosité. Beaucoup de laotiens se joignent à nous et veulent trinquer. Nos verres ne cessent d’être remplis… Heureusement, la bière est légère ! Ils nous demandent aussi de danser avec eux, et comme il serait mal vu de refuser, nous voila sur la piste de danse, tentant de ne pas être trop ridicules ! Ce n’est pas simple d’imiter leur danse traditionnelle, où le mouvement des mains est essentiel.

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À 14h, nous ne tenons plus le coup. Nous décidons de battre en retraite et d’aller nous allonger vers les ventilateurs dans la maison pour nous reposer. Nous avons vu les femmes plus âgées y faire la sieste un peu plus tôt. Mais pas de chance… Les femmes se réveillent et décident de trinquer avec nous ! Et ça ne rigole pas, un peu comme en Bolivie : un verre offert doit être bu cul sec ! Nous n’avons pas intérêt à tricher, sinon on se fait reprendre ! Nous rigolons de notre tentative d’échappatoire à l’alcool et à la chaleur : c’est franchement loupé ! À ce moment là, Maud, l’une des étudiantes, nous dit qu’ils sont HS et vont retourner au village en tuktuk. N’en pouvant plus de fatigue, nous sautons sur l’occasion. Avant de partir, nous remercions chaleureusement nos hôtes qui ont été d’une gentillesse incroyable. L’hospitalité laotienne n’est pas un mythe, nous sommes touchées en plein cœur. Le reste de l’après-midi se passe très tranquillement. Nous ne nous lassons pas de revoir et revoir les photos de cette journée, sans parler des vidéos.

Le jour suivant, nous partons de bonne heure avec Dala et les étudiants dans un village voisin. L’association a pour projet d’amener l’eau près de la mairie et de la pagode. Nous y poursuivons le tournage. De retour à Ban Nateuy, après un bon déjeuner, nous allons interviewer des vieilles femmes du village, avec l’aide de Dala.

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Le lendemain, nous avons la possibilité de faire une grasse matinée, le bonheur ! Nous nous levons tranquillement à 9h. Aujourd’hui, nous allons faire un pic-nic dans la forêt avec des familles du village ! Le pic-nic laotien n’a rien à voir avec le nôtre, nous sommes impatientes ! Ici, pas de sandwich, taboulet ou chips préparés à l’avance. Nous allons cuisiner sur place, avec ce que nous trouverons dans la forêt. Dans le camion nous y emmenant, il y a quand même deux poules (vivantes), dont l’espérance de vie ne devrait pas excéder deux heures. Arrivées là-bas, nous partons directement à la recherche de pousses de bambou et de lézards. Malheureusement, aucun lézard à l’horizon ! À notre retour, les autres villageois ont fait du super boulot puisque nous découvrons sur le camion : trois petits oiseaux, deux écureuils, un panier rempli de champignons, des pousses de bambou, et plein d’autres feuilles et herbes que nous ne sommes pas capables d’identifier. Nous allons nous régaler ! Nous ne faisons pas la grimace devant les pauvres écureuils sans vie : contrairement aux poulets, vaches, et compagnie, chez nous, ils ont eu une belle vie !

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Nous en profitons pour apprendre à tuer, vider, et plumer une poule. Nous adorons le rire cristallin des enfants devant les soubresauts nerveux de la poule morte. Ici, rien ne se perd, tout se mange : pattes, tête, foie, cœur, sang ! Tout le monde semble avoir une tâche assignée ; alors que les hommes s’occupent de la viande, du poisson et du feu, les femmes préparent la soupe. Quelques heures plus tard, tout est prêt ! Nous nous installons à terre sur des nattes afin de déguster ce repas forestier. La soupe, d’apparence verdâtre, n’est franchement pas mauvaise. Bon, le goût surprend un peu… Mais nous ne faisons pas les fines bouches. Nous nous délectons également de poissons, de sticky rice (riz gluant) et d’une salade. Dala a tenu à nous les préparer, en excellente hôte qu’elle est, au cas où nous ne serions pas capables de manger autre chose. Repues, nous ne finissons pas le plat ! Après cela, les femmes se regroupent pour jouer à un jeu laotien (dont nous ignorons toujours le nom), qui requiert une vraie dextérité. Nous essayons mais nous ne sommes pas très douées, ce qui fait beaucoup rire les laos ! Les échanges continuent, en dépit de la langue que nous ne partageons pas. Cette journée restera gravée dans nos mémoires. Nous avons passé un superbe moment de partage et de rires avec toutes ces familles !

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Le lendemain, nous faisons quelques interviews supplémentaires, et il est déjà temps pour nous de partir ! L’idée est de rejoindre Pakse pour rallier les plateaux de Boloven. Nous remercions chaleureusement Dala et sa famille qui ont fait preuve d’une gentillesse et d’une hospitalité sans égales. Nous avons passé une semaine inoubliable au sein de ce petit village, et si vous passez par les environs, nous vous recommandons chaudement de vous y arrêter, même pour une nuit !

Par ailleurs, si l’envie de faire un don vous dit… vous pouvez l’adresser à cette association, ils en ont besoin et ils l’utiliseront à bon escient ! Pour en savoir plus cliquez sur ce lien!

Et comme d’habitude, pour voir toutes nos photos c’est ici.

3 Responses to Ban Nateuy: vie au village et reportages

  1. Gérard says:

    Merci à vous 2. Très ému.

  2. Charlène, Marion,
    Dala vient de rentrer du Laos (2 avril). Plusieurs fois au téléphone elle a eu l’occasion de me dire tout le bien qu’elle pensait de vous, de votre reportage, de votre séjour chez nous et de votre vie au village. De vive-voix elle n’a fait que confirmer tout le plaisir qu’elle a eu à partager avec vous ces moments.
    Je viens de lire avec un réel plaisir votre reportage qui rend d’une façon réaliste et sans complaisance l’ambiance du quotidien d’un village ou des traditions du peuple Lao.
    Merci pour votre implication, pour votre simplicité et pour l’affection, l’amitié ou tout simplement l’amour que vous avez témoigné à ces villageois. Je peux vous dire qu’après plusieurs dizaines de cérémonies du « Baci », quand ces « méthaos », ces grand-mères me passent un fil de coton pour rassembler mes 32 âmes qui vagabondaient… j’ai toujours moi aussi les yeux qui se brouillent d’émotion…
    Amitiés et très bonne suite dans votre voyage à contre-courant… mais avec l’amour des gens !
    Dala et Bernard

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